20 martie 2016

Le pouvoir des mots en Francophonie


Allocution à l'occasion de la cérémonie d'ouverture de la Quinzaine de la Francophonie

Place du Souvenir, Dakar, 17 mars 2016




Nul doute que la F(f)rancophonie s’est construite autour du pouvoir unificateur du mot écrit et surtout de la parole partagée en langue français. En célébrant aujourd’hui  la Francophonie, c’est-à-dire cette communion autour d’une langue, et en le faisant dans le cadre généreux et inspiré de la thématique  du « pouvoir des mots », nous ne devons pas manquer l’occasion de nous interroger ici, maintenant, ensemble, sur le sens litéral de cette expression, c’est-à-dire sur le pouvoir effectif que les mots réquièrent en Francophonie et sur le pouvoir que les mots écrits ou adressés en français ont parmi nos semblable et dans le monde entier.

Nous savons que le français compte aujourd’hui plus de 274 millions de locuteurs dans le monde et nous ne pouvons que nous réjouir de l’augmentation très significative de ce nombre dans les prochaines décennies, grâce notamment à la dynamique démographique du continent africain. Mais cette réalité strictement quantitative ne doit nullement occulter tout d’abord une série de défis que cette dynamique populationnelle amène avec elle : les 300 milions de nouveaux locuteurs du français seront tout d’abord confrontés à des défis d’employabilité, de sécurité alimentaire et sanitaires, d’équilibre social et de sécurité, d’environment et de protection de l’habitat humain. Ensuite, elle ouvre vers d’autres questions importantes qui concernent justement l’accès à l’éducation élémentaire ; la qualité de l’apprentissage d’une langue et de l’acte didactique en général ; l’utilité de la langue française par rapport aux langues nationales et dans le concert mondial des langues ; les opportunités de réussite sociale ou d’émancipation culturelle que peut offrir la connaissance du français ; la manière dont les locuteurs se l’approprient comme langue propre ou, par contre, comme langue étrangère ; la capacité d’utiliser cette langue pour s’identifier avec soi-même, avec les autres membres d’une même communauté ou, au contraire, pour affirmer une différence. Car parler une langue, fut-elle le français, ne garantit encore rien quant à l’existence d’une communication, la validité et la pertinence des actes de langage, la compréhension, la défense et la mobilisation autour des valeurs et des aspirations communes. 

Autrement dit, nous devons prendre le terme « pouvoir » dans ses deux sens principaux : dans le premier sens, il s’agit de la capacité d’utiliser les mots, leur signifiance, d’apprendre et de maîtriser une langue. Dans un deuxième sens, quelle est le pouvoir que l’emploi de cette langue procure à ses locuteurs ? En quoi l’accès à la langue est en même temps un accès augmenté à la citoyenneté et aux droits de l’homme ? Comment peut-on faire du français un porteur des révendications de liberté, d’égalité, de solidarité ou de sécurité ? Quelle est l’effet public et émancipatoire que le discours en langue française offre aux individus, aux groups sociaux, aux membres d’une communauté politique ?

Il s’agit donc pour la Francophonie de réflechir sur les conditions qui doivent être remplies en sorte que nos mots acquièrent un pouvoir réel et ne s’épuisent pas dans l’insignifiance du bavardage. Si dans son premier sens l’expression « pouvoir des mots » renvoie à la qualité de l’éducation et aux capacités d’apprentissage et d’utilisation d’une langue, dans le deuxième sens il s’agit d’une dimension civique et politique : faire valoir la liberté d’expression comme un pouvoir, comme une force capable de stimuler le dialogue dans la société et d’obliger les puissances en place à prendre en considération les opinions et les révendications des citoyens.

C’est pourquoi le moment est favorable et même urgent pour s’interroger non seulement sur l’efficacité de l’acte de parler parmi nos autres actes personnels et publics. Nous devons également évaluer le poids et l’impact de notre agir discursif en tant que membres de la communauté francophone nationale et internationale. Comment pouvons-nous, en tant que francophones, contribuer à l’amélioration de nos conditions de vie commune par la parole et par le droit à la parole, par la communication et par l’accès aux moyens techniques qui rendent possible et significative la parole, par le dialogue et par le combat pour les cadres politiques du dialogue ? Sommes-nous capables d’habiller nos croyances et nos valeurs dans les habits de la langue française en sorte qu’elle les transporte, les fait découvrir aux autres, les met en dialogue avec d’autres croyances et valeurs et les enrichit grâce à ce dialogue ? 

La francophonie est un espace de partage, on ne cessera pas de le dire et de le redire. La francophonie est un espace, un lieu symbolique qui se démultiplie en une myriade de lieux physiques où nous amenons la richesse de nos traditions, de nos cultures, de nos expériences, de nos joies et de nos tristesses, de nos souvenirs et de nos espoirs, une richesse que nous déposons à côté d’autres richesses pour ainsi contribuer à notre propre enrichissement et à l’enrichissement mutuel. Mais la francophonie est aussi un partage, car nous recevons quelque chose en retour dans l’exacte mesure où nous offrons quelque chose de propre. Dans un partage idéal, dans un véritable partage de la francophonie, qui veut dire à la fois division, distribution et mise en commun, il n’y a pas une part qui resterait exclusivement ou séparemment ma part. Grâce à la langue française que nous parlons tous les deux, toi Sénégalais et moi Roumain, je m’enrichis en devenant un peu Sénégalais (et aussi Tunisien, Canadien, Vietnamien, Libanais, Camerounais etc….) sans pour autant être moins Roumain. En tant que francophone, mon identité devient ainsi ouverte, plurivalente et indéfiniment plus riche.

Je pense que c’est là que réside le pouvoir le plus important des mots en francophonie et c’est ainsi que les instances de la Francophonie doivent concevoir leur stratégie politique à long terme : comment transformer l’apprentissage et l’utilisation du français en un outil de travail et, à la rigueur, en une arme de combat, à la portée de ses locuteurs, une arme comprise comme force de résistance à l’appauvrissement induit par les idéologies et les propagandes de la pensée unique ou de la langue unique (celle du profit, de la publicité, des fondamentalismes religieux ou d’autre nature). La F(f)rancophonie aura une chance importante à l’avenir et un mot décisif à dire dans le dialogue international si elle saura d’abord offrir aux locuteurs du français le sentiment qu’ils appartienent à une communauté ouverte, riche et puissante et, en même temps, si elle saura transmuer le fait de parler une langue en pouvoir propre de résistance, d’action et de création civique, politique, entre les mains de ceux qui, souvent, n’ont d’autres pouvoirs que de parler cette langue.

23 ianuarie 2016

Între vîrste (scenă citadină africană)





Nu părea să aibă mai mult de 22 de ani. Înaltă, uscăţivă, chiar slabă, cu trăsături de fetiţă care se trădau încă în frăgezimea formelor ori în mimica jucăuşă. Ochii zglobii, curioşi şi veseli, străluceau la întîlnirea cu lumea. Vedea totul cu nesaţul unui copil care descoperă, şi nu-şi poate opri niciodată privirea mai mult decît o clipă, alergînd de colo-colo, dintr-o floare în alta a lucrurilor din jur.

În faţa ei, de cealaltă parte a unei mese pentru doi, el putea să aibă în jur de 25 de ani. Tînăr angajat într-o multinaţională sau proaspăt patron. Şi mai înalt decît ea, şi mai slab decît ea, scheletic, cu pomeţii obrajilor proeminenţi, cu mîini lungi şi degete răsfirate, singurele care păreau a avea o dinamică şi un contact cu ce se întîmpla în jurul lui. Purta un costum gri, şters, de duzină, care-l costase neîndoielnic bani mulţi din salariu şi care-i venea bine totuşi, deşi nu e uşor să te îmbraci cînd eşti un asemenea lungan. O privea din cînd în cînd, mai degrabă din întîmplare; sau chiar din greşeală. Ea însăşi voia să-i evite privirea şi se uita prefăcut preocupată spre o sală în care nu se întîmpla mai nimic. Cel mai adesea îşi atîrnau privirile de telefon, ca un soi de refugiu binevenit, unde iarăşi nu părea să se întîmple, tot din nefericire, mare lucru. Derulau, citeau, îşi citeau, îşi făceau stingheri poze şi apoi şi le arătau unul altuia rîzînd. Mai mult ea lui. Însă totul părea a fi un joc improvizat, jucat să treacă timpul.

Nu aveau prea multe să-şi spună. Iar noi, străini pe veci, spectatori de-o clipă, nu vom şti de ce. Poate pentru că şi-au spus atît de multe înainte ? Sau, dimpotrivă, poate pentru că şi-au spus prea puţine, le-au terminat, şi nu ştiu de unde să apuce firul cel subţire şi deja întrerupt? Oricum ar fi, tăceau îndelung, ocolindu-şi privirile şi evitînd cu sfială orice gest care sa declanşeze reacţii la celălalt. Muzica mergea din ce în ce mai tare, iar ritmurile erau tot mai antrenante. De la mesele alăturate cuplurile se ridicau să danseze. La masa lor, nimic nu anunţa o asemenea posibilitate. Doar, discret, mişcările gurii ei. Nu exista vreo melodie pe care buzele-i cărnoase să nu fie capabile să o reproducă, însoţite de un zâmbet de siguranţă. Din cînd în cînd, atunci cînd ritmul era prea iute, corpul ei se mişca de la mijloc în sus, pe scaun, iar braţele i se desprindeau de corp, în gesturi lente şi lascive, venind parcă din dansurile altor vremuri. Vremurile tinereţii ei, vremuri în care dansa împreună cu prietenele pe ascuns, cel mai probabil în camera închisă pe dinăuntru a vreuneia dintre ele. 

I-am privit îndelung, cu un sentiment amestecat de admiraţie pentru tinereţea lor debordantă şi de tristeţe pentru resemnarea pe care par să le-o impună codurile sociale din ţara lor. Ceea ce credem noi despre ei probabil că se află foarte, dar foarte departe de starea de fapt: dar ne place să credem, înfăşurîndu-i în pînza fină de păianjen a propriei noastre imaginaţii, că ar putea fi, bunăoară, doi tineri care ies pentru prima dată într-o lume atît de selectă. Însă ciocnirea dintre nevoia de a arăta lumii că pot, că îşi permit (mai ales el, că are banii să o invite şi să iasă împreună) şi situaţia cu totul nouă în care se află îi conduce la această paralizie din care nu vor ieşi toată seara: ea trebuie să se poarte, poate pentru prima dată, ca o doamnă, rezistînd cu mari eforturi tentaţiei de a dansa, de a se simţi în largul ei aşa cum obişnuia să fie între fete; el încearcă să pară un domn, dar nu ştie cum, e rigid, pietrificat, dorindu-se mau curînd absent. De teamă să nu facă ceva greşit, preferă să-şi reducă la minimum toate gesturile, rămîne nemişcat, privind cînd spre ea, cînd prin ea sau peste ea. Nici măcar alături, nici măcar spre sală, spre alte mese ori, şi mai grav, înspre pista de dans, de teamă ca nu cumva privirea lui, gesturile lui, întreg corpul lui să se contamineze de la vreo libertate transgresivă pe care să nu ştie cum să şi-o domolească. 

Păreau amîndoi prizonieri. Ea cea dintîi, pentru că – în rochia ei şcolărească, alb cu roşu – venise cu aşteptarea şi cu speranţa de a se simţi bine „în societate”, cu un bărbat; dar şi el era un prizonier, odată ce a acceptat să intre în lumea cea nouă, lumea oamenilor cu bani, cu coduri noi, care trebuie învăţate, dar mai ales trebuie interiorizate, stăpînite, practicate. Deocamdată însă totul e copleşitor: ea nu mai este adolescenta care ar fi vrut să mai poată fi. El nu este încă bărbatul stăpîn pe sine care şi-ar dori să fie deja. Se află fiecare la un mijloc de viaţă, între vîrste. Lucrurile se vor aşeza în matca lor simplă şi liniştită peste puţină vreme: dacă în spatele lor sînt familii (orice va fi însemnînd sau nu iubirea dintre ei), atunci ea va înceta să mai fie copilă, iar el va deveni, forţat, bărbatul care trebuie să fie. Pentru că aşa stau lucrurile în viaţă: numai alungînd copiii din ei, aceşti tineri vor deveni adulţi. Adică vor înceta să fredoneze sau să se mişte de la mijloc atunci cînd stau faţă în faţă la restaurant, despărţiţi de farfurii şi împreunaţi de nota de plată. Vor dansa unul cu celălalt atunci cînd toată lumea dansează şi, mai ales, vor învăţa să tacă împreună atunci cînd îşi vor fi spus totul înainte de a se aşeza la masă.

15 ianuarie 2016

Claude Aubé - Le parfum de Soumbedioune (4)


1. En Afrique, tout le monde va bien





4. L’esprit des lieux

A Dakar, pour le touriste qui veut conserver un souvenir ethnique de sa visite, il existe un lieu incontournable, et bien achalandé : le village artisanal. Il se situe en bordure de la plage de Soumbedioune et rassemble de nombreux artisans … et vendeurs qui proposent toutes sortes de souvenirs : en bois, des statues, des tissus, des colifichets, des magnets, de tout… Il faut savoir qu’ici, les prix proposés sont incommensurables ! Rien de ce qu’on te propose ne représente le prix réel et tu dois négocier ! Négocie avec ceux que tu sens artisans… oublie ceux qui ne sont que des vendeurs mais je n’ai pas recette pour t’aider à les différencier ! J’y ai rencontré le responsable des artisans comme il se proclame lui-même, Papa Dieng, un type sympathique qui m’a demandé des photos… et m’a vendu une statue « authentique » particulièrement chère !

11 ianuarie 2016

Claude Aubé - Le parfum de Soumbedioune (3)

1. En Afrique, tout le monde va bien


3. Autour de Dakar : de Gorée au Lac Rose



Un moment que j’attendais ici, à Dakar, c’était de visiter cette île mythique de Gorée ! J’en avais tant entendu parler, j’en connaissais tant l’histoire, je savais aussi comment les noirs avaient transfigurés l’histoire. Pour eux, les seuls responsables du commerce triangulaire étaient les blancs ! Dommage qu’ils aient oubliés que les premiers instigateurs du commerce des noirs, ce furent les noirs eux-mêmes, dans les villages de brousse où ils razziaient les paysans pour les vendre sur la côte ! Mais tout ça c’est l’histoire et on ne veut plus vraiment en parler…



7 ianuarie 2016

Claude Aubé - Le parfum de Soumbedioune (2)



1. En Afrique, tout le monde va bien



2. A la découverte de Dakar

Dès le lendemain, j’ai voulu visiter Dakar, seul, avec l’outil qui ne me quitte jamais, mon Nikon D750, comme un type qui marche, qui voit, qui rencontre des hommes, d’autres hommes… et aussi des lieux remplis de charme sur les deux corniches qui entourent Dakar.

Alors je suis parti pour voir une statue incroyable que les Coréens du Nord ont construits ici : la statue de la Renaissance Africaine ». Inconcevable réalisation ! Une statue de 70 de mètres de haut dont tout le monde dit que les personnages représentés, un homme musculeux coiffé d’un fes qui porte un enfant sur son bras, celui-ci montrant du doigt l’horizon sur l’océan et, derrière l’homme, collée à lui et en tenu très légère, une femme, sont purement et simplement la représentation de l’ancien président Wade, de son épouse et de son fils.

5 ianuarie 2016

Claude Aubé - Le parfum de Soumbedioune (I)

Je remercie Claude Aubé pour sa généreuse permission de publier son texte sur ce blog, Pour des raisons de facilitation de la lecture, nous avons décidé de le publier en quatre parties, accompagnées de photos prises lors du séjour de l'auteur à Dakar.



1. En Afrique, tout le monde va bien

« Bonjour, ça va ? » Ce sont les premiers mots que j’entends quand je sors de l’aéroport international Léopold Sédar Senghor de Dakar… Et çà insiste au fil des pas : « Bonsoir, ça va… et la famille, ça va ? » Je m’étonne, je ne suis pas vraiment habitué à ce que l’on s’enquiert de l’état de santé de ma famille. Je vais vite comprendre qu’ici, c’est le passeport pour t’aborder, pour te proposer un taxi, pour te vendre une carte de téléphone, un souvenir… Un ami devait m’attendre ici à l’arrivée de l’avion avec une pancarte « România » mais je ne le vois pas, je suis dans une sorte de tunnel grillagé que je dois suivre avec mon bagage un peu trop lourd pour moi… De chaque côté de ces barrières sont des hommes noirs qui me proposent tous un taxi, une aide, je me sens oppressé, agressé, inquiet de ne pas voir ce qui était programmé et je sors enfin de ce tunnel qui semble un peu comme une sorte de camp de concentration pour déboucher dans un parking où un noir me dit que je ne peux aller plus loin avec mon chariot à bagage…

2 ianuarie 2016

Fericirea





Cred că niciodată nu am văzut atîta fericire în jurul meu. Mai exact: atîta nevoie de a arăta fericirea. Şi mai exact: atîtea imagini pe facebook cu oameni care ţin neapărat să-şi arate în felul cel mai evident starea de fericire prin care trec. În această dimineaţă de 1 ianuarie, peretele e plin de guri pînă la urechi, de danturi albe, uneori singure, alteori în grup, surîzînd cu toate inteligentului telefon. Mai importantă decît fericirea în sine (care probabil că nu a existat niciodată) este nevoia de a spune şi de a arăta celorlalţi că eşti fericit. Probabil că tocmai aceasta e definiţia fericirii: cât de mult putem surîde celorlalţi, de unul singur, în doi sau în grup, pentru a-i convinge că sîntem fericiţi. Iar după ce am făcut fotografia, putem reveni la starea dinainte. Şi la starea obişnuită, nici fericită, nici nefericită, doar plată şi călduţă.

Desigur, cei care ţin să-şi arate fericirea în modul cel mai public cu putinţă sunt probabil o minoritate. O minoritate dintr-o altă minoritate, aceea a fericiţilor. Niciunul dintre cei mulţi şi nefericiţi nu s-a arătat nefericit lumii. Îşi consumă tristeţea într-o alt fel de solitudine. Nefericirea nu e de împărtăşit: ea trebuie ascunsă, ţinută departe de lume. Nefericirea nu e la modă, adică nu adună like-uri şi share-uri în nopţi în care a devenit o obligaţie să fii fericit. Fie ca nefericirea, tristeţea, chinul şi suferinţa să nu se vadă. Fie ca telefoanele noastre să-şi declanşeze flash-urile pe poziţia selfie doar atunci când ne vom fi aranjat pînă la ultimul detaliu gulerul la cămaşă şi zîmbetul pe toată faţa.

Nu-i deloc exclus ca tocmai asta să fie fericirea azi. E prea posibil să nu existe o fericire în sine, o stare de bine proprie, un simţămînt detaşat de toate cele dimprejur şi trăit doar pentru el însuşi, ca o înşurubare în propria-i trăire. Poate că de-abia acum, graţie reţelelor sociale care ne impun obligaţia de a arăta că sîntem fericiţi, înţelegem că fericirea este exact acest lucru: a fi capabil, a fi în dispoziţia şi în situaţia de a arăta celorlalţi, bine cunoscuţi, abia cunoscuţi sau cu totul necunoscuţi, că şi eu, şi noi sîntem fericiţi, că ne vine rîndul, de cînd stăm la coada fericirii, să prindem o felie, cu care să ne arătăm, suverani, lumii.

Se prea poate deci ca fericirea să fie, în modul cel mai realist, mai adevărat şi mai credibil, exact această capacitate pe care o dobîndim, tehnic şi relaţional, de a arăta altora că putem fi şi noi fericiţi. Şi pentru asta cel mai potrivit moment e o asemenea noapte. De mîine încolo, această capacitate se diminuează şi se amestecă într-o proporţie de nimeni neştiută cu jumătatea ei nefericită. În ce fel putem arăta celorlalţi că sîntem nefericiţi ? Dar despre asta într-un episod viitor. Deocamdată se ne bucurăm împreună cu cel mai bun prieten al omului: smartphone-ul. Prietenul care la nevoie ne recunoaşte. Face recognition.


2 decembrie 2015

Allocution de l’ambassadeur de Roumanie à Dakar, S.E.M. Ciprian Mihali, à l’occasion de la Fête Nationale roumaine (1er Décembre 2015)





Madame Viviane Bampassy, Ministre de la Fonction Publique, de la Rationalisation des Effectifs et du Renouveau du service public,
Madame Penda Mbow, Conseillère Personnelle du Président de la République pour la Francophonie,
Excellences, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs les représentants des autorités et institutions sénégalaises, ainsi que du Corps diplomatique accrédité à Dakar,
Chers compatriotes,

Au moment où j’entamais la conception de ce texte, j’avais l’intention de vous parler de la stupeur tragique qui a accablé la société roumaine suite au terrible incendie de Bucarest tuant 60 jeunes innocents le 30 octobre passé.
Mais le lendemain, 224 autres innocents, cette fois Russes, perdirent leurs vies dans l’explosion d’un avion en Egypte.
Deux semaines après, un double attentats-suicide au Liban provoque la mort de 40 habitants arabes d’un quartier paisible de Beyrouth.
Le monde n’eut pas le temps de pleurer ces morts : vendredi 13 novembre, 129 jeunes furent tués froidement dans une série d’attentats à Paris, plongeant le monde entier dans l’effroi.
Le deuil trouva de plus en plus difficilement son temps et son repos, alors que ses lieux se multiplient : le 18 novembre, 32 morts à Yola au Nigéria ; puis le 19 novembre, 2 filles de 11 et respectivement 18 ans se font déchiqueter par la dynamite tuant ainsi 15 personnes à Kano, toujours au Nigéria.
Le 20 novembre, l’attaque de l’hôtel Radisson à Bamako fit plus de 20 morts de plusieurs nationalités, dont certains de nos amis de l’Organisation internationale de la Francophonie.
Encore une fois le lendemain, et pour ne pas détendre d’un seul cran la course infernale aux carnages, 5 morts dans un attentat-suicide, plus les 4 femmes kamikazes, en Extrême-Nord du Cameroun.
Enfin (mais qui oserait parler d’une fin ?...), le 24 novembre, la ville de Tunis est secouée par l’explosion d’un bus de la garde présidentielle. Bilan sec : 12 morts. Et cette dernière semaine, Niger et Nigéria à nouveau, encore et encore…

J’aurais aimé tout au début vous proposer de dire tous ensemble ce soir « Je suis Roumain ». Mais ensuite il aurait fallu dire « Je suis Russe ». Et « Je suis Libanais ». « Je suis Palestinien ». « Je suis Français ». « Je suis Nigérian ». « Je suis Malien ». « Je suis Chinois ». « Je suis Belge ». « Je suis Américain ». « Je suis Israélien ». « Je suis Sénégalais ». « Je suis Camerounais ». « Je suis Tunisien ». « Je suis Nigérien »…

Et je serai qui encore demain ? Pourquoi et comment est-on arrivé à cette situation où je ne deviens citoyen du monde que par la mort d’autrui ? D’où vient cette folie d’une compétition macabre qui nous terrorise pour que nous soyons capables d’exprimer une solidarité sincère avec les victimes innocentes ?


1 februarie 2015

DISCOURS DE LASSANA BATHILY LORS DE LA CÉRÉMONIE DE NATURALISATION

DISCOURS DE LASSANA BATHILY

MARDI 20 JANVIER 2015 - MINISTÈRE DE L'INTÉRIEUR
CÉRÉMONIE DE NATURALISATION

MONSIEUR LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE, FRANÇOIS HOLLANDE,
MONSIEUR LE PREMIER MINISTRE, MONSIEUR MANUEL VALLS,
MONSIEUR LE MINISTRE DE L'INTÉRIEUR BERNARD CAZENEUVE,
MESDAMES, MESSIEURS LES ÉLUS, DÉPUTÉS, SÉNATEURS, PRÉFETS, MAIRES, ET LEURS ÉQUIPES.

JE VOUS REMERCIE DE TOUT MON COEUR DE M’ACCORDER LA CITOYENNETÉ FRANÇAISE.
CE SOIR, JE SUIS TRÈS FIER. TRÈS ÉMU, AUSSI.
JE SOUHAITE REMERCIER CHALEUREUSEMENT TOUS CEUX QUI M'ONT FAIT CONFIANCE ET QUI ME SOUTIENNENT DEPUIS TOUJOURS.

1 decembrie 2014

Allocution de l’ambassadeur de Roumanie à Dakar, S.E.M. Ciprian Mihali, à l’occasion de la Fête Nationale roumaine (27 novembre 2014)



Monsieur le Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche du Sénégal,
Monsieur le Ministre de l’Education Nationale de Roumanie,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Messieurs les Consuls Honoraires de la Roumanie,
Mesdames et Messieurs les représentants des institutions sénégalaises et internationales,
Chers collègues roumains et sénégalais de l’Ambassade,
Dragi compatrioţi,

Nous célébrons le 1er Décembre la Fête Nationale de la Roumanie, le 96ème anniversaire de la Grande Union de tous les territoires roumains dans un Etat uni et indépendant, dans un contexte local et international tout à fait spécial : le Sénégal accueille cette semaine le XVème Sommet de la Francophonie, grande fête de la communauté francophone internationale, mais aussi un moment très important de réflexion et de décision dans un contexte contemporain trouble, avec des défis redoutables, avec des crises politiques, humanitaires, sanitaires en Afrique, au Moyen Orient, en Europe.
C’est néanmoins une double fête qui nous réunit aujourd’hui et je vous remercie toutes et tous d’avoir accepté notre invitation de nous joindre dans ce moment de joie et de partage, d’autant plus que nous avons tous un agenda si chargé à cette période de l’année.



Pour la Roumanie et les Roumains, le français n’a jamais été une langue étrangère. En nous inspirant le code juridique au début du XIXème siècle, en nous insufflant l’espoir de l’émancipation et de la liberté en 1848, en nous accompagnant dans l’effort de construction de l’Etat moderne mais aussi en accueillant les grands esprit de la culture roumaine entre les deux guerres et surtout après 1945, la langue française a toujours été pour les Roumain lieu d’accueil, espace de liberté et d’épanouissement.
Emile Cioran, ce grand écrivain d’origine roumaine a pu dire un jour que « ma patrie n’est pas un pays, ma patrie est la langue roumaine ». En élargissant le sens de cette belle affirmation, je pense qu’elle est plus actuelle que jamais : notre pays, nous le transportons dans les valises de notre langue. Notre maison cesse d’être un lieu fixe pour devenir une trajectoire, un mouvement continu entre des endroits où nous nous arrêtons temporairement juste pour aller plus loin, encore plus loin. Et lorsque nous devenons des nomades, des voyageurs pour lesquels aucune destination n’est définitive, nous avons besoin de nous retrouver dans des lieux d’hospitalité et qui ne sont pas forcément des lieux géographiques ; des lieux que nous pouvons emporter avec nous partout dans le monde.
Et un tel lieu d’hospitalité est pour nous la langue française. Réfugiés, exilés, émigrants, étudiants, enseignants, voyageurs, diplomates, la langue française a eu la générosité de les accueillir tous, de leur offrir un abri, de leur reconstruire un pays d’adoption. Et tous ses nomades ont su, à leur tour, la récompenser, par leurs créations, par leurs contributions stylistiques, par leurs sonorités, en enrichissant ainsi une langue qui est sans doute aujourd’hui plus d’un simple moyen de communication.